Que veut dire « la masculinité est construite » ?

En bref :

  • Le genre est une relation de pouvoir qui hiérarchise les rapports entre les hommes et les femmes (domination des hommes vis-à-vis des femmes).
  • Dans la société contemporaine occidentale, il prend la forme d’un système binaire féminin/masculin, constitué d’un ensemble de comportements, valeurs et signes sociaux qui sont appris et reproduits par chacun-e dès la naissance.
  • La féminité et la masculinité ne sont pas des donnés biologiques, mais des constructions sociales dans un contexte donné, qui peuvent évoluer et qui sont mises en acte (performées) par les individus.

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Dans notre société occidentale contemporaine, les êtres humains sont typiquement assignés à deux cases distinctes et mutuellement excluantes :

  • on est soit de sexe masculin, soit de sexe féminin ;
  • soit de genre masculin (un garçon/homme) soit de genre féminin (une fille/femme).

Le genre masculin est automatiquement assigné à un individu de sexe masculin. Le genre féminin est automatiquement assigné à un individu du sexe féminin. (c’est la cisnormativité)

Les femmes et les hommes sont généralement considéré-e-s comme fondamentalement différent-e-s. Les différences (réelles ou supposées) d’un point de vue social sont expliquées en fonction des différences (réelles ou supposées) d’un point de vue biologique (c’est la naturalisation).

Expliquer le comportement d’une personne en la rapportant à une raison biologique liée à son sexe/genre et en le généralisant (« toutes les femmes sont nulles en orientation en raison de leur cerveau », « tous les hommes sont des brutes violentes qui ne peuvent réprimer leurs pulsions ») revient à essentialiser cette personne en fonction de son genre/sexe.

Enfin, il est sous-entendu que « par nature » il n’existe pas d’autres « cases » possibles que les sexes masculin/féminin et les genres masculin/féminin.

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Le genre n’est pas une caractéristique biologique : il s’agit d’un ensemble de comportements, valeurs et signes sociaux, qui sont codés soit « féminin » soit « masculin » dans une société, à une époque et dans un espace donné. Par exemple, la couleur rose, aujourd’hui considérée comme étant la couleur des filles dans la société occidentale, était au début du siècle considérée comme la couleur des garçons car « virile ». Le bleu quant à lui était la couleur de la Vierge Marie, donc associée aux filles1.

Le binarisme féminin/masculin se retrouve dans tout un tas de paires ou de « contraires » : rose/bleu, passif/actif, faible/fort, paix/guerre, doux/violent, émotionnel/rationnel, etc. Il se traduit aussi par une série de comportements attendus des un-e-s et des autres, que les filles et les garçons apprennent dès le plus jeune âge : par exemple, les garçons apprennent qu’ils ne faut pas qu’ils pleurent, les filles apprennent à ne pas être bruyantes, etc. Les femmes apprennent à se maquiller, les hommes à faire de la musculation. Ainsi de suite. Ce sont les rôles genrés.

L’idée du genre comme étant un rôle sous-entend que le genre (le rôle) est différent et distinct de la personne qui l’incarne : les comportements, centres d’intérêt et personnalités que nous sommes supposé-e-s adopter ne correspondent pas forcément à qui nous sommes réellement. Ceci démonte l’idée que, par nature, les garçons et les filles seraient comme ceci ou comme cela selon leur genre/sexe.

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Les rôles genrées féminin et masculin ne sont pas équivalents : ils correspondent à des relations de pouvoir. Le masculin est construit comme étant supérieur au féminin. Les hommes sont en position de domination vis-à-vis des femmes : c’est-à-dire que dans la société, les hommes en tant que classe (c’est-à-dire en tant que groupe construit autour d’intérêts communs) profitent d’avantages que les femmes n’ont pas, simplement parce qu’elles sont des femmes. Si ces avantages peuvent être considérés comme acquis ou « déjà là », leur origine doit être resituée dans un rapport de domination, et même d’exploitation dans certains cas : travail domestique gratuit des femmes, travail émotionnel et relationnel dans la communication et les relations sociales (de couple, avec la famille, les ami-e-s), dévalorisation et invisibilisation des femmes, appropriation de leur travail et de leurs idées, etc. Des mécanismes tels que l’objectification, l’invisibilisation, la dévalorisation et les violences psychologiques et physiques contribuent à cantonner les femmes dans certaines sphères (la maison plutôt que la rue, les emplois moins valorisés et donc moins rémunérés, etc).

Lorsqu’une personne se voit assigner un genre (telle personne est une femme, telle personne est un homme), il ne s’agit pas seulement d’opérer une différentiation vis-à-vis des personnes d’un autre genre : il s’agit de placer cette personne dans un système de pouvoir, que l’on peut appeler patriarcat, sexisme ou domination masculine. Le genre peut ainsi être défini comme une hiérarchisation : la relation de domination des hommes vis-à-vis des femmes.

On peut multiplier les rôles selon les axes de la classe sociale, de la race, de l’ethnicité, des préférences sexuelles, de la religion, de l’âge, de l’apparence, des capacités mentales et physiques, etc.

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Une théorie alternative émerge à la fin des années 80. Un rôle genré devient une performance, une mise en acte, qui est menée par lae protagoniste et qui est indépendante d’un texte préécrit. Dans cette théorie du genre comme performance, le genre n’est pas quelque chose que l’on est, mais quelque chose que l’on fait (Judith Bulter, Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity). Le genre est ainsi est une forme d’activité, un ensemble de pratiques sociales dont les individus intériorisent les structures sociales. Le genre n’est qu’un attribut assigné à une personne.

Dans ses développements les plus avancés, la théorie du genre comme performance s’attaque à la différence entre sexe et genre, en affirmant qu’il n’existerait en fait que le genre : le sexe est une construction sociale découlant du genre (on peut dire que le genre précède le sexe). Cette position trouve des arguments dans les recherches en biologie qui montrent que la construction binaire sexe mâle/sexe femelle est inexacte et n’existe pas dans la nature.

steph

Notes et références

1 Pourquoi les petites filles portent du rose et les garçons du bleu, Slate.fr http://www.slate.fr/lien/36889/pourquoi-filles-rose-garcons-bleu

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