L’artwork de l’album Poison – Look What The Cat Dragged In (1986) : la féminité et la masculinité en spectacle.

La pochette de l’album Look What The Cat Dragged In montrent les têtes des quatre musiciens. Ils sont maquillés de manière « typiquement féminine » et très visible : fond de teint, rouge à lèvres, contour des yeux, cheveux volumineux et permanentés. Leurs poses et les moues de leur visage forcent les traits jusqu’à se moquer des attitudes interprétées et attendues chez des femmes séduisantes et même « femme fatale » : menton incliné, clin d’œil appuyé, lèvres ramassées façon « duck face », regards séducteurs.

Certain-e-s rapprochent cette pochette d’album de celle de Shout At The Devil (1983) de Mötley Crüe, de Let It Be (1970) des Beatles, ou encore du premier album de Van Halen (artiste qui a servi de modèle pour les premiers groupe de glam).

Il est difficile de déduire si la pochette de l’album de Poison fait référence ou parodie à un album en particulier tant le modèle de la pochette à quatre photos des musiciens disposées en carré a été utilisé à de nombreuses reprises.

Je trouve intéressant de la mettre en perspective avec la pochette de l’album Dynasty (1979) de Kiss.

Dans les deux cas, les visages des musiciens sont cadrés de manière très proche (plus proche que pour Let It Be, et que pour les pochettes de Van Halen et de Shout At The Devil qui montrent le reste du corps des musiciens), au point que l’on ne peut pas deviner le contexte autour des musiciens : il n’y a pas d’instruments de musique, de micro ou de lumière de scène. On retrouve dans les deux cas un maquillage outrancier, jusqu’à semer le doute sur les véritables traits des musiciens : traits humains dans le cas de Kiss, traits genrés dans le cas de Poison. Les poses et les grimaces de Kiss font écho aux moues surjouées de Poison.

Dix ans plus tard, Kiss sort l’album Crazy Nights (1987).

Comme dans la pochette de Look What The Cat Dragged In, les photographies des musiciens sont disposées en diagonales. Le visage sombre, sans maquillage apparent, ceux-ci regardent directement l’objectif. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une mise en scène clownesque comme pour Dynasty ou d’une mise en scène de la féminité comme pour Look What The Cat Dragged In, mais de la mise en scène non ambigüe de la masculinité.

Les poses sont tout aussi étudiées et artificielles (sourcils froncés, regards impassibles voire même en colère, lèvres jointes sans un sourire), les cheveux tout aussi travaillés. Traditionnellement, cette masculinité virile nous est donnée à voir comme quelque chose d’authentique, comme quelque chose à prendre au sérieux et non pas comme une curiosité à contempler de manière fascinée pour son artificialité (ce qui est le cas de la féminité).

Les musiciens se regardent dans un miroir rendu visible car brisé en son centre (comme à cause d’un coup de poing). Les formes quadrilatères de l’album de Poison peuvent aussi rappeler ces bris de glace et suggérer l’existence d’un miroir invisible face auquel les musiciens font la moue. À travers le miroir, les musiciens observent leur reflet, prennent des poses et se montrent aussi à voir aux personnes qui regardent. La mise en scène souligne la dimension de spectacle des « rôles » genrés qui sont performés.

« Hey, moi aussi je suis maquillé et je fais le clown ! » (source)

steph

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