Analyse des paroles de l’album Poison – Look What The Cat Dragged In (1986)

Avertissement : mentions de viol

Plusieurs grandes thématiques traversent les morceaux de l’album Look What The Cat Dragged In : le sexe, la fête, les bagarres, les relations aux femmes. Les chansons peuvent se découper en deux catégories : les chansons qui s’adressent aux femmes au discours direct, et celles qui s’adressent à un auditoire en apparence indéterminé, mais qui ciblent en fait les hommes, unis autour d’un même mode de vie promu par le groupe.

Les morceaux qui s’adressent aux femmes pour les séduire contiennent des éléments de discours de séduction romantique classique : des compliments sur l’apparence, l’expression du désir d’entendre ou d’être avec la personne (« I never seen you look so good », « I call you on the telephone / I’m only hoping that you’re home / So I can hear you », Talk Dirty To Me). Le morceau Want Some, Need Some ne s’adresse pas explicitement à une interlocutrice, mais le message envoyé est clair : le narrateur/chanteur annonce aux auditrices qu’il a besoin de « someone » , « a lover » pour faire comme ses copains, qu’il recherche « someone custom built for me », autrement dit une femme faite sur mesure pour lui. Il y a ainsi un contraste entre l’annonce de la recherche de « quelqu’un » d’indéfini (« anybody », « somebody », n’importe qui fera l’affaire) et le message envoyé qu’il existe une femme spéciale, qui pourra satisfaire les besoins du narrateur, jouant ainsi sur le trope romantique de l’existence du couple parfait, de la bonne personne.

Let Me Go To The Show fait figure d’exception dans l’album, car le narrateur adolescent ne s’adresse pas à une potentiellement conquête mais à sa mère (« Mamma »), pour lui demander de le laisser aller à un concert où se produisent les « bad boys playing that rock and roll ». Le narrateur fait finalement le mur devant la résistance parentale. La figure maternelle est représentée ici comme un obstacle pour que le narrateur se réalise en tant qu’homme : c’est-à-dire aller en concert, devenir un « bad boy » qui fait du rock n’ roll, le tout dans le but d’aller séduire des femmes, à l’instar du protagoniste du morceau #1 Bad Boy.

Les autres morceaux, qu’ils s’adressent aux femmes pour leur expliquer la vie, les remettre à leur place ou pour en parler comme de trophées objectifiés, sont plus clairement misogynes.

La présence simultanée des deux types de discours au sein d’un même album révèle le rôle pervers que peuvent jouer les discours romantiques et de séduction dans la reproduction d’une domination sur les femmes : séduire, pour mieux dominer.

Blame It On You reprend le trope de la femme dépensière (« Wastes all my money »), qui profite de son homme (« Spends all my time ») et le manipule (« Why do you always make a fool out of me? »). Le titre du morceau est explicite : il s’agit de rendre la femme en question coupable de la situation du narrateur (qui visiblement, ne peut pas refuser de donner de l’argent ou de passer du temps avec elle, ce qui le conduit à une situation apparemment difficile : « I blame this whole damn mess, honey / right on you »). Mais cette chanson est aussi une mise au point : il s’agit de remettre la femme à sa place de manière paternaliste (« Now listen little girl »).

Une deuxième catégorie de morceaux s’adresse cette fois-ci aux hommes pour parler des sujets de la vie (des hommes) : la fête, le sexe (avec les femmes), les bagarres, l’ambition. Deux chansons font figure d’hymne au mode de vie hédoniste des musiciens de glam « sex, drugs and rock’n’roll » : I Want Action et Look What The Cat Dragged In. Dans le morceau éponyme de l’album, le narrateur décrit sa vie de luxure (« Livin’ my life sin after sin »), ses nombreuses conquêtes sexuelles (« I got a girl on the left of me / A girl on the right / I know damn well I slept with both last night ») et l’alcool qui coule à flot (« My poor head still spinnin’ / From too much booze »). Dans ces morceaux, les femmes sont désignées à la troisième personne et souvent au pluriel : elles ne font pas partie du club.

Dans I Want Action, le stéréotype érotico-pornographique des écolières est mobilisé (« schoolgirls ») et les femmes sont décrites physiquement de manière morcelée (« pretty face », « long legs and short skirts »), dans un processus d’objectification sexuelle. Mais surtout, elles sont des proies qui ne sont pas individualisées (« I can’t wait to get my hands on them ») et que le narrateur doit chasser : c’est cette « action »-là qu’il recherche, et qui lui apportera « satisfaction » pour la nuit durant. Cette chasse peut parfois nécessiter de la ruse pour arriver à ses fins plus rapidement, comme persuader une femme de monter à l’arrière de la voiture pour lui montrer « quelque chose » (« Hey, sweetheart, slide on in here / No, not in the front, jump in the back / Why? / Cause there’s something back there / I want to show ya »). La fin du morceau parle explicitement de viol : « If I can’t have her, I’ll take her and make her ». L’action, pour avoir satisfaction de ses envies, implique donc la violation du consentement et l’agression sexuelle.

Abbath désapprouve. (source)

Le morceau Play Dirty ne fait pas mention des femmes : il décrit plutôt l’espace homosocial, et même homoérotique (« the boys in the back room », « pretty boys playing cool », « dirty boys ») d’un bar. Les codes d’une virilité solide et rebelle s’enchaînent : des hommes tatoués boivent du whiskey  sans limite, jusqu’à être « bourrés ». Une atmosphère de danger s’installe (« It’s gettin’ kind of risky ») parmi ces « dirty punks », jusqu’à ce qu’une bagarre soit déclenché par le narrateur (« Come on, man, let’s take this right outside ») juste avant le solo de guitare.

***

L’analyse des paroles des morceaux de Look What The Cat Dragged In indique qu’il s’agit d’un album qui s’adresse à deux publics : les hommes d’une part, avec lesquels le chanteur/narrateur crée une complicité « fraternelle » et virile ; et d’autre part les femmes. Celles-ci reçoivent en réalité trois types de discours différents :

  • un premier discours séducteur, où le narrateur/chanteur s’adresse à elles directement en reprenant des codes romantiques ou sexuellement plus explicites dans le but d’obtenir leur faveurs ;
  • un deuxième discours plus dépréciatif, où elles se voient désigner comme des obstacles à la pleine réalisation de la masculinité de l’homme (en tant que petite amie ou de mère, toutes deux castratrices) ;
  • et un troisième discours, où elles sont désignées à la troisième personne cette fois-ci, où elles sont reléguées au rang d’objet et de proie, potentiellement victimes d’agressions de la part du narrateur.

La masculinité des hommes se construit selon la figure du rocker « bad boy » rebelle et hédoniste, qui sait obtenir ce qu’il veut des femmes par la séduction, la persuasion ou la force s’il le faut. L’homme, le vrai, ne doit pas se laisser marcher sur les pieds, ni par les autres hommes mais surtout pas par les femmes.

Le look Poison, c’est aussi ça. (source)

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