Analyse des paroles de l’album Steel Panther – All You Can Eat (2014) : jusqu’à l’indigestion.

Avertissement : Contenu misogyne, transphobe, mentions explicites de violences sexuelles et violences conjugales.

All You Can Eat est le troisième album de Steel Panther, sorti en 2014. Pour certains, Steel Panther est un groupe parodique des groupes de glam des années 80 : cela dépend à mon avis des morceaux. La parodie consiste à distordre l’objet original, parodié. Ceci peut conduire la parodie à se moquer et à induire une distance critique ironique vis-à-vis de l’objet parodié, mais pas forcément.

Beaucoup de parodies ne rendent pas l’original ridicule, mais l’utilisent plutôt comme un standard à partir duquel elles observent l’époque contemporaine de plus près. La parodie que l’on peut qualifier de respectueuse serait à considérer comme un hommage plus que comme une attaque, bien qu’une distance critique et une différence marquée existent tout de même.

Doris Leibetseder, Queer Tracks : Subversive Strategies in Rock and Pop Music1

Un certain nombre de morceaux de Steel Panther sont plutôt des amplifications des canons du glam metal des années 80, avec un usage de l’humour et un goût de la provocation marqué, mais qui restent très premier degré dans beaucoup de cas. Par exemple, lorsque l’on lit les paroles de Bukkake Tears ou You’re Beautiful When You Don’t Talk, l’humour s’exerce au dépend des femmes qui sont humiliées par narrateur, ce qui le rend sexiste. Une distance critique ou ironique (c’est-à-dire un second degré) qui dédouanerait ces paroles de sexisme, impliquerait que l’objet moqué soit le narrateur lui-même – ce qui n’est pas le cas ici. Mais cela ne devrait pas surprendre celleux qui ont lu Satchel, parolier du groupe, revendiquer son droit à faire de l’humour sexiste. Et assurément, il ne s’en prive pas. En revanche, pour donner un autre exemple, d’ironie et de parodie cette fois-ci, le morceau The Burden Of Being Wonderful se moque clairement du narrateur et de son narcissisme : « Why in a world of ugly faces / should I be allowed to be so hot? »

(source)

Comparé aux groupes des années 80 tels que Poison, Steel Panther est bien plus cru et explicite. Sur All You Can Eat, cinq morceaux sur douze parlent ainsi en détails des pratiques et des prouesses sexuelles du narrateur (Gloryhole, Bukkake Tears, Gangbang At The Old Folks Home, B.V.S et She’s On The Rag). Leur goût de la provocation les amènent à dépasser des pseudo « limites » en évoquant des pratiques ou des fantasmes issus du champ pornographique popularisé (Bukkake Tears), en jouant sur le registre du dégoût (She’s On the Rag) ou de la transgression (Gangbang At The Old Folks Home). Ce faisant, ils mobilisent des propos profondément phallocentrés, misogynes et transphobes.

Les narrateurs sont systématiquement des hommes qui font valoir avec fierté leur pénis fantasmé (« And I got a full five inches / In other words, a massive dick, yeah », B.V.S) et les « droits » qui leur sont dûs (« There’d be mandatory blowjobs for guys like you and me! », If I Was The King). Les soit-disants « besoins sexuels naturels » des hommes, conséquence de la localisation de leur cerveau au niveau de l’entrejambe (soit-disant), sont validés : « Every dude wants to fuck whenever he can / You can’t blame a dude, cause a dude is a man » (She’s on the Rag).

Dans Party Like Tomorrow Is The End Of The World, le sexe pour les hommes ne semble pas devoir avoir de limite – à part celle de coucher avec d’autres hommes. Les fantasmes s’articulent avec les femelles de « n’importe quelle espèce » (mouton, vache ou oie)… mais surtout pas avec des hommes ou des mâles. Ni de femmes trans, s’il faut en croire l’allusion transphobe dans If I Was The King : « I would outlaw clothes for chicks / So you could see if they shaved their pussies / Or if they were hiding dicks » (on relèvera aussi l’expression transphobe « a lady-man hermaphrodite » dans Gloryhole).

Le morceau Pussywhipped décrit une situation anormale, celle d’un homme dominé par sa compagne (« Your girlfriend wears the pants »), auquel le narrateur conseille de s’en sortir. Les hommes sont décrits via leurs attributs sexuels (« balls », « dick », « nuts ») ou leur appartenance à la classe sociale des « boys » et « guys ». Les femmes sont des « chattes », des « salopes » ou des « putes ». Le ressort (censé être) humoristique s’appuie sur deux éléments :

  • le caractère ridicule et inversée de la situation d’un homme « malade » dominé par sa petite amie qui l’empêche d’aller « baiser les salopes » avec sa bande de potes,
  • et la description de cette situation en un combat entre organes génitaux (« Well I was pussywhipped like you but now my dick is wise »).

Un double standard s’applique : si les hommes sont en droit de contrôler la sexualité de leurs copines (Ten Strikes You’re Out) et des femmes en général (If I Was The King), le contraire n’est pas vrai. Les hommes doivent rester de libres de baiser avec autant de femmes qu’ils veulent et en toute liberté. La misogynie du groupe se manifeste sous diverses formes : violences conjugales (« I’ll poke your damn eye so you’ll never wink again », Ten Strikes You’re Out), viol (« We can’t stop now it’s moving too fast », « How was I to know you’d regret it », Bukkake Tears), humiliation et injonction du type « sois belle et tais-toi » (You’re Beautiful When You Don’t Talk), insultes (diverses occurrences de « whore » et « sluts » au sein des morceaux).

Les vidéos-clips des morceaux Glory Hole, Pussywhipped et Party Like Tomorrow Is The End Of The World ajoute à ces propos déjà nauséabonds des images objectifiants sexuellement les femmes.

Un beau tableau.

(source)

steph

Notes et références

1 Doris Leibetseder, Queer Tracks : Subversive Strategies in Rock and Pop Music, p.36

« Many parodies do not render the original text ridiculous, but rather use it as a standard according to which they examine the contemporary more closely. Parody that can be branded as respectful would be considered more of a homage than an attack, altough the critical distance and a marked difference still exist. »

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